Je suis Alex Lauzon

21 August 2016
à 17h46

21 août 2016, Personnage #5

Marie. Ahhhh, chère Marie. C’est pour quand le Grand Amour, dis-moi? Tu me diras?

Marie clique sur le bouton «envoyer» et se lève en terminant sa cigarette. Elle est fière de son dernier courriel. Elle maitrise si bien les rouages de son métier dorénavant. Le destinataire lui répondra probablement dans la prochaine heure suivant sa lecture. La suite sera facile. Ses dossiers sont en avance et son supérieur en sera ravi, une fois de plus.

Marie sort sur la terrasse. Un appartement au 5e étage avec vue imprenable. Le soleil se couche sur une autre belle journée. C’est le temps d’un verre de vin. Et d’une douche. Il fait chaud. Dans quelques heures, elle ira rejoindre une amie pour une soirée dans un bar d’un quartier huppé de Bamako. Marie est une blonde aux yeux bleu comme le ciel, une peau blanche et laiteuse, un corps parfait et généreux. Très chanceuse, elle a rapidement appris à ne pas se promener n’importe où dans la ville et depuis, elle s’en tient à quelques endroits bien tranquille uniquement.

Marie est née à Rome. Ses parents sont arrivés au Canada pendant les Jeux Olympiques de 1976 et ne sont jamais repartis (pis, bon, euh, tu comprends qu’elle les a suivi à Montréal, hin?). L’enfance de Marie fût normale, entre les jeux dans la ruelle et les escapades au Marché Jean-Talon avec son père, tout est banal. Même son adolescence et le début de la vingtaine. Rien à dire. Dernière année d’université, elle rencontre Christophe, un homme charmant, son complice pour la vie. Ils demeurent ensemble en appartement pendant quelques années. Marie voulait fonder une famille avec lui. Puis, la mort a encaissé son dû un peu en avance. D’abord, son père est mort du cancer très rapidement. Puis, le lendemain des funérailles, Christophe s’est tué dans un accident de la route.

Marie a voulu voir du large. Marie s’est, disons-le ainsi, enfuit du Québec. Gestionnaire de projets dans une agence de relations publiques au centre-ville, elle n’a eu aucun problème à se trouver un rôle similaire dans un organisme à but non-lucratif œuvrant un peu partout sur la planète. L’organisme la met en poste à divers endroits selon les besoins. Depuis quelques années déjà, elle coordonne les effectifs avec efficacité. Marie est un ange. La collègue parfaite. Marie est très heureuse dans son métier. Contribuer à combattre le racisme, les injustices, aider des familles démunies, tout ça lui donne un fort sentiment d’accomplissement.

Marie est une romantique. Patiente, elle ne fume pas, ne se drogue pas, fait du sport, mange équilibré et boit seulement quelques fois par semaine. Marie adore les voyages et profiter du bon temps. Elle alimente intensément son compte Instagram. Sa mère adore ça. Elle se garde toujours occupée et mord dans la vie autant que possible. Marie est franche et sincère dans toutes ses communications. L’hypocrisie, la tricherie, les conversations plurivoques la répugnent.

Son amoureux était parfait. La marche est donc un peu haute pour le remplacer. Marie est très sélective et un peu craintive de s’engager. Elle dit que le prochain devra rester lui-même, avec ses qualités et ses défauts, mais donc, si elle l’accepte tel quel, faudra prendre le temps de bien le connaitre. Mdr! En couple, elle veut de la complicité, de l’honnêteté, aucun secret. L’argent est sans importance, ni l’aspect physique d’ailleurs. La beauté est intérieure. Marie pensait passer sa vie avec son amoureux. Sa mort a tout remis en cause et elle se demande maintenant quand sa vie débutera vraiment. Plonger dans le travail n’aide pas vraiment mais au moins, ça l’occupe.

Habile cuisinière et patissière, Marie trouve facilement une excuse pour inviter des amies, toutes collègues forcément, à la maison pour faire un beau souper qu’elle adore qualifier de roboratif. Elles parlent de tout et rien aisément. Marie est un peu comme Justin Trudeau — si on laisse de côté qu’il est Premier Ministre; Tout le monde veut être ami et prendre un égoportrait avec elle.

Bon, là, évidemment, y’a quelque chose qu’on sait pas à propos de Marie. Mais m’a pas te le dire tusuite. Tsé. Et hop, un autre carnet-roman juste avant l’apéro. Booya!

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14 August 2016
à 17h56

14 août 2016, personnage #6835

Qu’Ilissa soit aujourd’hui hygiéniste dentaire tout en poursuivant ses études à temps partiel en orthodontie est un certain miracle. Son père, homme mesquin et hautement paranoïaque, l’a longtemps convaincu qu’elle était bonne à rien. Sa mère ne lui fut pas d’une grande aide, à part lui avoir donné un joli prénom peu fréquent, elle s’est contentée de pratiquer un genre de présentéisme dans sa vie. Ilissa quitta l’école très tôt pendant son secondaire et travailla clandestinement à l’épicerie de sa tante pendant quelques années. À 16 ans, la vie l’ayant physiquement et mentalement déjà vieilli de quelques années, elle commença à travailler comme serveuse au bar du village.

Avec le recul, elle dit souvent que, bizarrement, ce fut ses années les plus heureuses. Ses années les plus simples. Malgré Stéphane qui la vendait aux clients du bar. Malgré les attouchements constants de Luce, la vieille barmaid lesbienne à l’haleine dégueulasse de cigare. Luce disait tout le temps qu’entre femmes, c’était ok et qu’au moins, elle, savait où et comment toucher pour que ça soit excitant. Malgré les orgies organisées, ou plutôt disons-le, les gangbangs forcés, une fois par mois dans le sous-sol du maire du village. Illassa y «jouzait» en gagnant sa chandelle selon elle. Elle avait tous les vêtements et bijoux voulus, de l’argent à profusion. Et surtout, de l’attention. Personne ne manquait de lui dire comment elle était belle. Et personne ne manquait de lui dire que, malgré la mini-jupe et le chandail dévoilant son nombril, elle était bien trop habillée et qu’il serait préférable de retirer tout ça. N’ayant jamais été aimé, n’ayant jamais reçu de preuve ou de geste d’amour, Ilissa crût pendant plus d’une décennie que tout ceci était normal ou au pire, un moindre mal. La résilience pure et dure, comme la drogue illimitée et toujours présente. Enfin, celle-ci lui permettait un équilibre jamais perçu auparavant: pas de malheur, pas de bonheur. Fallait juste s’assurer de ne pas trop porter attention à la réalité. Mais ça, pendant longtemps, Ilissa fût vraiment bonne là-dedans.

Puis un jour, elle comprit que non, ce n’était peut-être pas normal après tout. Stéphane ne la vendait presque plus, moins en demande, trop vieille, pas assez bandante maintenant qu’il lui disait. Il la battait régulièrement, façon comme une autre de lui faire comprendre qu’elle était devenu un fardeau plutôt agaçant. Ça manquait légèrement de tact évidemment mais pas de clarté. Ilissa finit par comprendre, un petit matin d’automne. Après d’interminables marches le long des routes et une pipe haut-le-cœur donnée à un homme qui semblait ne pas s’être lavé depuis 3 jours, mais qui accepta de la prendre en auto-stop, elle arriva à Montréal.

Ne sachant faire qu’une chose, elle alla présenter son «cv» au premier bar de danseuses croisé. Le gérant hésita en remontant ses pantalons. «Tu danses vraiment mal, ça parait que t’as juste jamais fait ça pantoute, mais ton p’tit cul serré risque de plaire icitte.» Ilissa dormit quelques jours sur un sofa dans le bar et ensuite se loua un 2 et demi de l’autre côté de la rue. Simplicité logistique. Ilissa prit alors une première bonne décision: ne plus consommer de drogues. La cure ne fut pas sans douleur mais elle y arriva du premier coup. Le hasard fit que le bar de danseuses soit plus civilisé que celui dans son village natal.

Ilissa décida aussi de tenter d’instaurer des routines dans sa vie. Quelque chose comme des ceintures de sauvetage pour l’empêcher de se noyer. Au printemps suivant son arrivée à Montréal, elle se mit à la course à pied. Un peu tout croche, beaucoup par instinct, elle finit par comprendre d’elle-même comment respirer. Comment prendre son temps et viser le long terme. En octobre, elle faisait des sorties de 5 km plusieurs fois à toutes les semaines et s’offrait régulièrement un 10 km. Attacher les lacets de ses souliers lui aurait aussi permis d’en attacher entre les neurones de son cerveau. Des objectifs se mirent en place. Il ne s’agit plus de survivre mais bien de vivre et goûter aussi souvent que possible à ce sentiment nouveau, et si puissant, qu’elle ressentait pendant des heures après chaque course.

N’ayant pas l’air climatisée, elle se rendait aussi régulièrement que possible à la bibliothèque du quartier pour y lire un peu de tout en se reposant de la chaleur. La lecture était pénible au début car les cours de français étaient loin mais Ilissa gardait toujours un dictionnaire près d’elle. Curieuse, elle s’y perdait parfois pendant des heures. Elle rit de bonheur aujourd’hui lorsqu’elle raconte comment elle a toujours dit «sontaient», «joussent», «répond» et «si j’aurais». On ne l’y prend plus depuis des années.

En déjeunant un doux matin de février au Miami sur Sherbrooke avant une petite sortie de jogging, Ilissa lut un article dans le Journal de Montréal à propos des danseuses qui font ce métier pour payer leurs études. Des clics majeurs. Boum. Elle venait de trouver sa prochaine bouée. Mais quoi faire? Infirmière? Naaaan. S’occuper des autres, y’a une limite tout de même. Ilissa peinait à s’occuper d’elle même. Ingénieure? Les maths lui faisait trop peur. Son amour du français, journaliste peut-être? Non, ça semblait instable comme milieu selon les nouvelles lues ici et là. Ilissa, qui en était rendu à presque méditer en courant — à tout le moins à ne plus vraiment sentir son corps mais juste en avoir une lointaine conscience — se dit, un peu juste pour la rigolade, que la course allait décider.

Elle couru sur Sherbrooke vers le centre-ville et décida de continuer jusqu’à épuisement. Une fois arrêtée, elle allait regarder autour d’elle et attendre un signe. Ilissa se rendit jusqu’à une clinique dentaire à l’extrémité ouest de Westmount et elle décida à ce moment d’étudier dans ce domaine. Elle envisagea d’abord devenir dentiste mais se calma les ardeurs en réalisant le temps avant de pouvoir y arriver.

Aujourd’hui, des années plus tard, elle raconte tout ça à Jules en disant «Oh well, ça sera pour une prochaine vie» en riant. «Baby steps ma chère cocotte, baby steps.» rit Jules.

Ilissa est la voisine de Jules, un gars plus ou moins célibataire qui accumule les rencontres Tinder. Elle monte souvent au 3e par l’escalier derrière leur logement pour aller lui parler. Jules est cuisinier. Ça sent toujours bon chez lui. Il lui donne souvent des petits lunchs. Il y a une tension sexuelle entre les deux mais Jules a toujours mis des distances bien claires entre eux. Ilissa ne sait pas pourquoi il garde ses distances mais elle ne pousse pas trop. Jules est un ami trop cher pour le perdre à cause d’une baise. Elle dit toujours que sa vie est un jeu de Jinga. Chaque étape, chaque épreuve lui retire une pièce et la rend plus chambardante, plus insécure pour l’avenir. Chaque homme (tous des trous de cul en fait) espéré lui a retiré plusieurs pièces au point qu’elle ne veut plus rencontrer de peur d’en mourir. Mourir d’amour, c’est non. Ilissa a longtemps pensé au suicide et elle a décidé qu’elle allait vivre sa retraite un jour. Alors le prochain sera le dernier ou il ne sera pas tout simplement. En attendant, il y a les études, le boulot, la course et Stranger Things sur Netflix pour la pousser à rester en vie.

Voilà. C’est là qu’on est rendu. À classer dans la catégorie Carnets-romans. Hep.

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26 October 2015
à 05h06

25 octobre 2015, Jakarta with
a frog in the alley

Dimanche matin. Lever difficile vers 6h30. On a bu pas mal de bière hier soir moi et le collègue allemand (mais c'est lui qui a callé le couvre-feu, pfff, savent pas tougher les européens). Petit mal de bloc. Pas grave. Allons visiter un brin.

Flock-flock dan'douche. Menum-menum dans l'bedon. Grosse grenouille dedans l'taksi (Yep, pas taxi là, neunon, taksi, on le prononce comme ça de toute façon alors ça fait du sens). Direction le Monas. Une immense tour au milieu de la ville. J'arrive vers 8h en pensant que je serai un des premiers (ça ouvre à 8h). Bin non, y'a déjà une file et on me dit que ça prendra une heure pour entrer à l'intérieur. Too bad. Je prends des photos de la structure et passe au prochain appel. Il fait déjà un soleil de plomb. Voire si je vais rester à suer là juste pour voir l'intérieur d'une colonne. Musée national, j'arrive!

Depuis que je suis arrivé au Monas, on me regarde souvent intensément. J'y suis habitué, c'est pas mal la même chose chez le client ou aux alentours mais jamais autant tout de même. Je trouve ça rigolo. Puis, 3 jeunes garçons s'approchent de moi. Entre deux rires gênés, l'un d'eux dit: «Sir! Sir!, Take a picture with me!» Je refuse en pensant qu'il veut que je le paye pour que je conserve une photo de lui avec moi et je continue mon chemin. En marchant sur le trottoir qui mène au musée, je croise une bande de garçons assis sur le bord, les pieds dans le chemin (C'est CFD aujourd'hui alors pas d'autos dans le coin). L'un d'eux me voit, fais signe aux autres et tous me regardent avec le sourire. Là, j'avoue ne pas comprendre. Ai-je mis mon costume de clown? Ai-je oublié de mettre des pantalons? Le gars dit: «Sir! You look crazy!». La bande rit. Je ris aussi. C'est plutôt amusant. «Sir! I want picture with you.» Là, je comprends que non, ok, c'est pour eux. Bin ok. Là, les gars se lèvent, m'entourent et l'un d'eux prend la photo. Ils me remercient, rient comme des débiles en me regardant et je continue mon chemin. Faut croire qu'il n'ont pas vu ça souvent un gros blanc barbu.

Visite au Musée. C'est l'fun, y'a la clim presque partout. C'est que je sue comme un porc. Je suis tannant avec ça, je sais, mais c'est chaud, c'est chaud. C'est fou. Je fais le tour du musée. Beaucoup de poterie, de porcelaine, de meubles, des pagodes géantes (impressionant), de Bouddha en pierre, des outils datant de la préhistoire, des armes diverses selon les époques et cie. Ce fût agréable même si je reste sur ma faim un peu. Je m'attendais à une visite qui dure plus longtemps. Je prévoyais passer la moitié de la journée ici mais ça sera plutôt ±90 minutes. Allons à la mosquée maintenant. En sortant, des personnes m'abordent «Sir! Where do you come from?», après ma réponse, «Can I take a picture with you?» Bon. Bin oui, tsé. Rendu là, quand c'est moi l'attraction touristique de la journée, y'a une boucle qui se boucle. Quelque part, un papa montre ses photos de voyage à ses enfants et dit «Regarde, à Jakarta, on a vu un yéti. Malade hin?»

La Masjid Istiqlal ressemble à un bâtiment administratif tout blanc plutôt drabe. À part le minaret de la mosquée, les musulmans ont l'architecture religieuse modeste. De là sort un chant, disons, pastoral. C'est plutôt apaisant et sympatique en fait. J'ai tenté de trouver un parc pas loin où j'aurais pu rester à l'ombre et écouter le chant mais je n'ai pas trouvé. J'ai pris une vidéo de la rivière qui passe pas loin. La pollution est assez intense. En fait, c'est vraiment sale partout dans les rues. J'ai vu plusieurs gens jeter des cannettes de Coca-cola, des sacs de plastique, des bouteilles d'eau vides en marchant. Un peu comme à Montréal à la sortie des bars finalement...

Midi, c'est l'heure de manger. En cherchant un brin hier, j'ai vu d'excellentes critiques du restaurant Lara Djongrang. Je regarde sur le téléphone pour voir la distance à pied: 45 minutes. Hey ho. Je ne marche pas ça. Roulons en Bajaj, sorte de mini taxi, 3 roues, empestant la vieille tondeuse à gazon. Il y en a plein tout le temps alors c'est facile en attraper un. Je montre au chauffeur où je veux aller. Il dit «fifty» (50,000rp). Woh. Je dis pas plus que «twenty» (20,000rp — chus rough, je sais, mais là, je veux bien me faire prendre en photo mais me faire fourrer, ça non). Le chauffeur capote, fais aller ses bras, «no no no». Je dis «ok, thank you» et commence à m'en aller. C'est pas les bajajs qui manquent alors amusons-nous un peu. Il crie «OK OK sir, Thirteen-five» (Ça, ça doit vouloir dire 35,000rps...). Je lui souris et embarque. Belle ride. Ça se passe bien. Je lui donne 35k et je réalise un rêve de jeunesse vraiment con: Je tends un billet de 10k (l'équivalent d'un dollar) et lui dit en français, me foutant qu'il ne comprenne pas: «Tin, v'là dix mille de tip». La génération RBO comprendra et likera dirait Gran Talen.

Menum time. La nourriture est géniale. Des rouleaux printaniers au tofu et sauce sucrée/piquante. Le rouleau est fait avec une genre de crêpe très moelleuse. C'est vraiment très bon et goûteux. Ensuite, soupe au lait de coco avec poisson, chili, bouts de fougère, des genres de petites arachides encore dans la carapace (faut croquer, manger la noix et recracher la coquille. Très chic) et tralala. Divin. C'est tellement bon. Je me suis dit qu'on allait revenir plus tard cette semaine avec l'équipe. C'est servi avec un petit plat de relish épicée (un sambal kekchose, me souviens plus du nom) alors on peut pimper notre coco comme on veut. Finalement, j'ai pris un satay de crevettes, curry rouge sur bâtonnet de citronnelle. La crevette est cuite à point, elle goûte bien le curry et la citronnelle. Oh boy. J'ai adoré. On est à des années-lumières de tout ce qui se fait près de l'endroit où j'ai passé les 3 dernières semaines.

Direction Ramayana Pasar Baru, une rue marchande où les piétons et les motos se partagent la route allègrement. Parlant moto, je me sentais invincible après le repas (et bon, j'ai réussi à traverser un boulevard de 4 voies sans me faire tuer alors tirons le diable par la queue. J'étais super bon à Frogger dans le temps). Je me suis dit, tiens, parait qu'on peut se promener comme passager sur une moto ici. Essayons la patente. J'attends un peu devant le restaurant, je spotte un motocycliste avec un casque en trop (signe qu'il peut prendre un passager, enfin, un des signes qui te l'assure car je pense que tous les motocyclistes sont prêt à t'embarquer...). Je montre sur mon téléphone où je veux aller, le gars dicte son prix (40,000, je chiale même pas cette fois, ça ne me tente pas), je mets mon casque et on part. Oooohhh fuck. J'aime la vitesse et tout. Mais là, on est ailleurs. J'ai constamment l'impression qu'on va planter solide. Le gars coupe tout le monde en klaxonnant comme un fou, accélère très brusquement, freine plus fort encore, tourne sur des pièces de 1000 rp. Calvaire que j'avais hâte d'arriver. Je le soupçonne d'en avoir mis pas mal plus que le client en demandait. Mais bon, en même temps, sur la moto, je riais parfois. Juste parce que, comment dire, c'est complètement débile. Et là, on est dimanche, il y avait bien moins de traffic qu'un jour de semaine. Enfin. On arrive.

Le marché est surtout composé de magasins de tissus et de vêtements. J'ai vu un commerce de souliers se nommant Toronto et utilisant exactement le même logo que les Blue Jays comme enseigne. J'imagine que c'est parce que comme cette équipe de baseball joue comme des pieds, c'est un genre d'hommage (D'ailleurs, j'ai tenté de conter cette blague à l'allemand avec moi, pendant le souper. «You know, in French, we say that someone plays like a foot. Meaning he's bad. Not a compliment at all. blablabla». Moi, je me trouvais bien drôle mais le gars a ri pour être gentil. Bon, coudonc, clash culturel québéco-germanique en exil indonésien. Pas facile à passer comme mur din fois. Enfin. Je me rends jusqu'au bout du marché et revient sur mes pas. Rien à souligner autre que cette promenade donne une super belle image du vrai Jakarta. Un peu comme quand un touriste décide d'aller sur la Plaza St-Hubert plutôt que de rester dans le Vieux-Port. En revenant, un vendeur de rallonges pour cheveux m'aborde, une rallonge à la main; il me la tend avant de se la mettre sous le menton et de me la tendre à nouveau en riant. Je ris avec lui. Des rallonges sous la barbe, je n'y aurais pas pensé. Les gens sont très gentils et sympathiques. J'avoue que ça accroche un sourire. Les locaux peuvent bien se foutre de ma gueule comme il veulent. J'en ris avec eux de bon coeur et avec grand plaisir. Il y a une candeur que j'aime beaucoup ici.

Un taksi —avec pas de clim— me ramène à l'hôtel. C'est le temps de tordre mon boxer dans l'évier. Si si. Première fois de ma vie que je tords ma sueur. En fait, ce n'est pas très compliqué, tout mon linge est complètement trempé. Let's douche, voulez-vous. Petit dodo avant le souper.

En vrac:
- Ça sent tellement tout le temps la Djarum dans mon coin. C'est dur de résister. Installé dehors sur mon petit patio, les chauve-souris volant au-dessus de moi, une grosse Bintang à la main et le silence de la nuit en trame de fond (on a terminé de travailler chez le client vers 3h du matin). Belle atmosphère pour en griller trois, quatre en rédigeant ce billet. Mais bon, c'est assez dur d'arrêter, on va pas recommencer.

- Le style des commentateurs sportifs, ça dépasse les langues et cultures. Nous avons soupé sur une terrasse où un projecteur présentait une partie de soccer. Bin j'avais l'impression d'entendre Pierre Houde. «Bediing... Palaaang... Beeeeeeeedaaaaaaaaang!!!!» Le sport est universel.

- La Heineken en bouteille, ça goûte la moufette ici aussi.

- J'ai fait un rêve complètement débile. Jésus est là, plein de monde autour, il me regarde dans les yeux et me dis «Laisse venir à moi les petits flocons». Hébin. Prends un numéro mon Christ, parce que si je trouve des flocons, tu peux être certain que je vais les garder pour moi. Tsé, toi, tu peux changer le sable en neige. Fais pas chier.

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18 October 2015
à 18h40

18 octobre 2015, Jakarta
kiri kanan lurus

Ce matin, j'ai encore une fois changé de chambre (ça fait 3 fois que je me promène (la 826, la 801 et la 624) car nous ne sommes pas arrivé à me trouver une chambre libre pour 2 semaines lorsque je suis parti. Hep. Mais cette fois-ci, j'ai droit à une belle promotion. Je suis à l'extérieur, derrière l'hôtel, dans une petite maison, mettons quelque chose comme un 2 pièces. C'est plutôt chic si on ne regarde pas les petites moissisures dans les cadres de porte et les coins de mur. Chirie capoterait full pine.

Parlant propeté, je ne sais pas avec quoi ou comment on se lave dans cet hôtel mais sur 4 chambres, une seule avait des débarbouillettes. M'en fous un peu, je prends la plus petite serviette pour me frotter. Pitchez-moi dans la jungle pour voir, m'a me torchez le péteux avec des plumes de cacatoès (le nom est d'adon, toutte est toutte!) pis me décrotter les oreilles avec une queue de scorpion. J'vas m'en passer de vos débarbouillettes.

Côté travail, la personne qui vient prendre le relais de l'équipe allemande arrive ce mercredi. À notre avis, il va avoir bien de la broue dans le toupet car il semble rester encore bien du travail de leur côté. On parle déjà que je reste jusqu'à ce qu'ils terminent... Oui, c'est cela oui... Je resterais bien si c'est une semaine de plus mais je ne peux pas. Je prends un médicament pour contrôler ma pression altérielle et j'en ai pour jusqu'au 2 novembre. Pas le choix de revenir à Montréal pour renouveler ma prescription. Hon, s'tu platte hin. J'ai tenté de téter des peppermints pour baisser ma pression mais sans succès. Alors faut que je revienne.

Je ne pensais jamais dire ça un jour mais je suis vraiment tanné de manger au restaurant. Une chance qu'il y a le déjeuner de l'hôtel qui me permet de goûter à toutes de sortes de plats en petite portion. Tu viens à Jakarta? Va à l'hôtel Aryaduta Imperial. Déjeuner bin l'fun. Y'a des trucs poches, c'est certain. Mais dans le lot, y'a plusieurs bons plats.

Hier, on est allé à 3 dans un restaurant coréen où on fait cuire sa bouffe dans un trou au milieu de la table. On a ri comme des débiles. Comme on doit avoir posé trop de questions, la serveuse est resté à côté de nous et a fait cuire la grande majorité de notre bouffe à notre place. J'imagine que la gérante avait peur qu'on foutte le feu à la place.

C'est impressionnant comment les gens sont gentils ici. Je sais, je radote. Impossible de ne pas le remarquer. Tout le monde (même les passants, là, faut dire qu'un grô à barbe, ils voient pas ça souvent j'imagine) me sourit tout le temps, me souhaite bonne journée («Mo'ning!) ou bonne soirée ('vening!). C'est presque rendu que mon café est déjà prêt quand je rentre au Starbuck's wannabe.

Depuis jeudi dernier, on a changé notre horaire. On travaille maintenant pendant la journée car on rencontre souvent le client et bon, je ne pense pas que ça leur tente bin bin de venir s'amuser avec nous dans le cinéma à 4h du matin (pourtant, on a du fun noir. C'est juste platte qu'ils vident et nettoient tout le temps la machine à fuff corn avant de partir. Ça donne le goût d'en manger car ça sent non-stop le faux beurre). Le changement d'horaire m'a fucké le décalage bien comme il faut. Je n'avais pas eu trop de misère lors de l'arrivée (j'ai dormi 10 heures en ligne et ça s'est placée tout seul). Là, j'ai eu de la misère à pogner le beat (image d'Alex qui dance comme un 2 x 4 en tentant de suivre l'horaire, ça aide à se faire une idée?) en maudit. Plusieurs journées de 3 heures de dodo, même hier, j'ai dormi à peine 6 heures. Là, je finis ce billet puis je vais me coucher même s'il ne sera pas 19h00. Je me fais des White Russians à 275 000$ le verre depuis 15h (J'aime ça faire ma Michelle Blanc et flasher des gros prix). Si si. Ça devrait aider à assommer le bucheron. La vodka a coûté 1,4 million$. Le Kahlua a coûté 900 000$ et la crème, bin la crème a presque rien coûté. Genre 11 000$ ou un truc du genre. Mais elle est grasse à l'os alors ça fait les meilleurs white russians ever. Ça me fait penser: le lait au brunch de l'hôtel est plein gras aussi (si tu veux, y'a du «skim milk» aussi mais ça, c'est pour ceux qui veulent vivre vieux en ayant une vie platte. Enfin). Dieu que c'est bon. Un grand verre à tous les matins derrière la cravate. Ça démarre la journée bien comme il faut en te bouchant les artères adéquatement. Fuck le jus de kiwi. Bof, tsé, on aura toujours le temps de les débloquer une fois à l'hospice.

Comme épitaphe: Il fut Alex Lauzon et but son lait bien gras.

En vrac de ce billet en vrac:
- Dans chaque chambre, il y a une balance alors pour le plaisir de la chose, je me pèse à chaque matin. La balance de la 3e chambre que j'ai eu, pour une journée seulement, m'a rétréci de 10 kilos. Je lui ai dit merci pour le compliment. Maudite menteuse. J'ai perdu 1 kilo au maximum. La crème aidera sûrement à le retrouver.

- Ici, le #flushgate, il est juste un peu après la courbe qui mène à une grande terrasse de restaurants. Juste avant d'y arriver, ça sent toujours intensément les égoûts, peu importe le moment de la journée. J'ai tu dis intense? Oui monsieur, intense pour vrai. Au début, on fait «woooohh, ça sent le caca hin.», puis on en revient, c'est quand même pas le Pérou (façon de parler, je sais pas si le Pérou sent fort). Pis là, quand ça fait deux semaines que tu passes 2 fois / jour, tu finis par trouver ça plutôt dégeulasse. Calvince qu'on pue quand même.

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