Je suis Alex Lauzon

02/02/2017
à 12h10

Prenez soin de vous

Hey le jeune! T’es tanné de toujours clore un message avec l’indémodable, classique formule «Prenez soin de vous»? Mo’noncle Alex te propose des alternatives, listées ci-bas, pour ton épanouissement intérieur et/ou un boost de karma virtuel.

  • Si vous vous faites Juliette, pitié, assurez-vous de bien aviser Roméo que votre trépas simulé n'est que stratagème. Il n'y survivra pas, le pauvre.
  • Prudence du jour: Portez toujours des gants en «cailloutchou» si vous devez utiliser de l’acide sulfurique.
  • Si jamais l’envie vous prend d’écouter le chant des sirènes lors d’une aventure incroyable en bateau, n’oubliez pas de demander à ce qu’on vous attache bien fermement au mat.
  • Manipulez vous avec soin.
  • Si vous décidez de changer une prise électrique ce soir, de grâce, n'oubliez pas de couper le courant avant.
  • Prenez soin de bien tester la température —et idéalement la profondeur— d’une flaque avant d’y plonger.
  • Si vous prenez l’avion, n’oubliez pas de garder votre ceinture attachée tout le long du décollage.
  • N’oubliez pas, les biscuits utilisés par votre fureteur favori ne peuvent être consommés.
  • Si vous décidez de vous présenter comme candidate à l'élection présidentielle américaine, n'oubliez pas de vous rappeler que vous êtes légèrement en retard sur l'horaire... la prochaine aura lieu en 2020. Si nous sommes toujours vivants.
  • Assurez-vous d'activer les boucliers à photons si vous décidez de passer le vaisseau en vitesse hyper-espace.
  • Si vous visitez un centre de recherche nucléaire, ne vous faites surtout pas piquer par une araignée radioactive, ça donne de grands pouvoirs, certes, mais également beaucoup trop de responsabilités.
  • Faites en sorte de bien entretenir votre microbiome, n’oubliez pas que ce sont des milliards d’amis qui ne veulent que contribuer à votre santé.
  • Si vous décidez de porter jusqu'en Mordor l’anneau unique, n’oubliez pas d’apporter votre Sam avec vous. Il sera un atout indispensable.

Ne me remercie pas, copie/colle sans vergogne. C’est gratisss.

01/02/2017
à 13h30

Pourquoi bloguer?

Stéphane a publié un texte qui rejoint en partie ma réflexion. Puis Clément en a publié un avec lequel j'ai des atomes crochus. Et finalement Debbie en publie un qui m'interpelle également. Coudonc, jasons blogue en 2017.

J'ai très souvent publié d'abord pour moi. Parce que je m'amuse beaucoup en le faisant. Pour pratiquer. Pour raconter. Pour sortir des patentes qui font leur gym quotidien dans ma tête. Pour moi, la traduction «carnet» a toujours été une meilleure traduction que le mot «blogue»; d'où la catégorie carnet-roman où je racontais des anecdotes personnelles romancées (ou pas, c'est mon privilège de connaitre le vrai du faux dans ce type de billet. Mouah!).

Au début, je l'ai fait pour publier des liens et petites réflexions courtes à propos des logiciels que j'utilisais, des outils web qui me semblaient intéressants. Je voulais garder tout ça à un endroit unique, facile d'accès et dans lequel je pourrais chercher plus tard. Je voulais aussi publier des billets répondant aux mêmes questions qui me revenait souvent: «Alex, c'est la St-Valentin, je veux sortir ma blonde, je vais où?» (ce à quoi je répondais invariablement à L’Axe sur St-Denis. Bin quoi?!), «On a mangé l'autre jour chez toi. C'est quoi ta recette?»

Par la suite, je me suis laissé prendre au jeu du lectorat plus ou moins nombreux jusqu'à ce que ça m'emmerde pas mal beaucoup. J'ai laissé le blogue pendant des années pour toutes sortes de raisons, la principale étant que je n'avais plus envie de gérer les réactions et le format m'ennuyait un peu. C'est à ce moyen que j'ai réalisé à quel point j'aime que mon carnet soit une conversation à sens unique. Je publie, tu lis peut-être, probablement pas, on passe à autre chose. Tant mieux si tu as aimé ça, mais ça ne m'intéresse pas de le savoir via un système de commentaire. C'est pourquoi j'ai fermé la fonctionnalité et je ne l'ouvrirai plus jamais. J'ai écrit quelque chose qui t'interpelle? Publie un truc sur ton blogue, dans ton cercle FB, peu importe ce qui fait flotter ta barque.

Voici quelques années, j'ai voulu y revenir. Je me suis fait des maquettes avec tout plein de fonctionnalités, des calculs simples qui changent l'aspect graphique selon l'heure, la date, la température et la position géographique du lecteur. Un module qui espionne le visiteur (anonyme, on s'entend) dans ses moindres faits et gestes en gardant une trace de toutes ses interactions. Juste pour m'amuser avec les outils disponibles. J'ai donné tout ça à un ami designer graphique, il m'a fait de superbes maquettes, je les ai intégrées, testées, publiées sur un serveur de staging, je me suis même fait une petite app iOS afin de publier facilement un statut rapide (comme on fait sur FB / Twitter) puis je n'ai jamais déployé. Pouet. J'avais créé une patente bien trop grosse pour rien. Trop de sections, trop d'outils, trop de tout. Ça s'est emballé mon affaire. Je vais peut-être récupérer quelques idées parmi le lot et me faire une nouvelle version un jour. Ce qui veut probablement dire jamais.

J'ai, depuis longtemps, moi aussi envie de récupérer mon identité virtuelle et de la concentrer sur mon carnet. Pas pour le «branling personnel». Ça, je m'en fous pas mal. J'ai rien à vendre. Plutôt que de publier un statut FB d'une ligne ou deux, je voudrais plutôt le publier sur mon blogue et ensuite le partager ailleurs. Mettons, par exemple, le #beeroclock. J'aime ça utiliser ce mot-clic pour publier une réflexion nounoune, un jeu de mot ou une pensée. Ça fait des années que je le fais, récupérer tout ça sur FB est possible mais ce n'est pas aussi flexible que de simplement avoir le tout dans une base de données sur mon serveur. En 2017, je désire vraiment publier d’abord sur mon carnet. On verra pour la suite.

En attendant, on se voit au Yulblog tantôt?

27/01/2017
à 19h10

27 janvier 2017, balade en
vélo avec un carnet-roman #13

Je passe devant chez Jeanne qui se prépare à faire son jogging. Certains insistent pour aller au théâtre, au cinéma ou encore au musée seuls. Jeanne, elle, court seule. C’est son moment à elle. Son instant où elle arrive à tout oublier. Aucune attache, aucun tracas, la liberté totale. Elle ne compte plus le nombre de fois où un ami a insisté pour se joindre, au point où ses proches doutent de la véracité des courses; leur doute l’indiffère profondément. Dans les 10 premières minutes, Jeanne pense souvent courir devant elle sans jamais revenir en arrière, rarement, elle pense aussi à se jeter devant le prochain autobus pour cesser de continuer à vivre cette vie devenue beige. Jeanne vit à temps plein hors de son corps. Elle s’observe par-dessus l’épaule constamment. Un brin-espionne, presque voyeuse. C’est un mécanisme de défense. Évidemment, tout serait différent si Henri était toujours là. Il est parti, un 13 janvier voici déjà si longtemps. Henri, l’amour de sa vie, sa raison de vivre. Jeanne en était clairement dépendante affective. Comment faire autrement? Un esprit si vif, une curiosité sans bornes, toujours de bonne humeur, un ange. L’accouchement fut tellement laborieux. Chienne de leucémie.

Il pleut légèrement maintenant. Je vois Sylvain qui lit un roman avec intérêt en fumant une cigarette sous la galerie. Après, il ira rejoindre sa blonde dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner des filles, les lunchs, les sacs d’école. Sylvain est fébrile. Aujourd’hui, il va annoncer à ses patrons qu’il quitte son emploi au début du printemps. Il part 6 mois en Europe, sac à dos, gourde, un peu de linge de rechange, marche, une tablette numérique avec forfait données pour publier sur son blogue le récit de son périple. Ça fait 1 an qu’il s’y prépare. Il n’a dit à personne que le soir, plutôt que de prendre le métro, il marche près de 2 heures pour revenir à la maison. Sa blonde pense qu’il travaille comme un fou. Il n’a pas démenti lorsqu’elle lui a fait remarquer son heure de retour en soirée. Un silence ne peut être un mensonge, n’est-ce pas? Il va atterrir au beau milieu de la France et marcher jusqu’à joindre le départ de Compostelle. De là, il fera tout le chemin en Espagne pour se rendre jusqu’au bout afin d’obtenir son certificat officiel de marcheur. Des papiers, Sylvain en a tout plein. Il brulerait son doctorat en histoire, il ne s’en sert même pas. Il en a tellement honte. Autant de nuits blanches, de sacrifices à étudier, réfléchir, rédiger pour finalement travailler comme directeur des opérations dans une usine web du Vieux-Montréal. Au moins, parcourir Compostelle sera un accomplissement en ligne avec ses études. Fouler le même sol, la même ligne que des centaines de milliers d’autres humains avant lui donnera un sens à sa vie. Son certificat de Compostelle ira remplacer celui du doctorat. Rien n’est plus vrai. Tiens, j'y pense. Faudrait régler un truc qui me tracasse. J'espère ne pas vous importuner avec mes angoisses. Ça me chicote vraiment beaucoup depuis trop longtemps, peut-être aurez-vous la réponse. Alors voilà: qui tient à jour le registre des choses les plus vraies? Car là, j'imagine, quelqu'un doit bien tenir une liste et constamment remplacer le premier item, non? Chaque fois qu'une personne utilise la formule «rien n'est plus vrai», faut forcément qu'une entité enregistre et fasse second l'ancien item le plus vrai. Peut-être qu'on lui remet un certificat qui atteste qu'elle a déjà été la chose la plus vraie? Moi, ça me réveille la nuit. Pas vous? Et si jamais vous avez la réponse, faudrait en profiter pour me dire comment ça fonctionne pour la formule «rien n'est moins sûr», voyez? C'est la même personne qui tient registre aussi? Croyez-vous qu'elle fait des heures supplémentaires parfois? Et pendant les vacances? Ça fonctionne comment? Enfin, ne perdons pas de vue Sylvain, voulez-vous? En revenant, il ouvrira une boulangerie dans un petit village québécois. Il n’a aucune idée comment faire du pain mais ce n’est pas les recettes qui manquent sur internet. Cette envie est si forte qu’il se fout éperdument de ce que dira sa blonde, de savoir si les filles le suivront, voudrons venir vivre chez lui en garde partagée. Il y a longtemps pensé, sa conclusion est formelle: il sait que tout ceci est largement égoïste. Et c’est la froide beauté du constat. Le calcul lui va parfaitement. Reste seulement à trouver comment et quand il lui annoncera son départ pour l’Europe.

Je croise Stéphanie qui marche déjà depuis quelques minutes. On la dirait soule, mais elle est plutôt encore complètement endormie. Stéphanie vit clairement à crédit côté sommeil. Elle a mis la main dans l’engrenage de Clash of clans et ne peut plus se séparer de son téléphone depuis les derniers mois. Ce jeu lui donne un fort sentiment d’accomplissement et —oui, c’est fou, elle le sait bien— d’utilité. Stéphanie se sent exister lorsqu’elle y joue. C’est mieux que le sexe. Quoique, elle est honnête, elle pense ainsi, car sa dernière conquête n’a absolument rien compris de ses envies au lit. Elle a bien tenté de lui répéter de l’effleurer tranquillement sur son sexe et autour plutôt que la toucher avec une pression plus ou moins forte. Un simple frôlement lui donne tellement davantage de plaisir. Ça lui permet d’imaginer, de fantasmer la caresse plutôt que de la ressentir. La réaction est si puissante qu’elle peut en jouir, juste comme ça, suffit de lui lécher un mamelon en même temps. Alors pour la chimie au lit, elle s’en remet à la masturbation et Clash of clans. Stéphanie se ravit de faire les deux en même temps. Elle en chavire à chaque fois. Ils se font tous les deux d’une seule main et la nature lui en a bel et bien fourni une paire. La joie, je ne vous dis pas. Une séance «Clash of hands», comme elle aime bien se rigoler à elle-même, dure à peine 10, 15 minutes. Mais elle les répète aux 2 heures chaque nuit. Ça te vide un compte épargne-dodo ça. Et ça fait de nombreuses flaques dans le lit.

Oh well.

Je roule à un bon rythme, celui que j’aime, celui qui, rendu au vendredi soir, me fait un peu mal aux jambes une fois à la maison, celui qui ne me fait pas filer insuffisamment après mon souffle, qui me permet de bien me concentrer sur la route et les gens avec qui je la partage, celui qui me permet d’écouter la radio d’une oreille, celui qui me confirme que je suis bien vivant et non en train de rêver, mais oui, paradoxalement, je sais bien, celui qui me donne l’illusion, l'envie, que je suis ami avec Jeanne, Sylvain et Stéphanie. Que plus tard ce soir, après le travail, nous irons prendre un verre ensemble, rire un peu, parler du dernier album coup de cœur, vivre, partager, se raconter nos amours, nos vies, nos bonheurs et nos déceptions. Que tous ensemble, nous aurons un plan de vie, un projet autre que de simplement rouler pour se rendre au boulot le matin.

25/01/2017
à 13h29

Atelier d’écriture, Exercice #45

En décembre dernier, j'ai participé à un atelier d'écriture. Voici le résultat d'un des premiers exercices de la première journée.

Bible de personnage
Daniel Pouliot, né le 19 juillet 1946, hautain, narcissique, intello, honnête, intègre, maladroit, zéro déchet depuis toujours, célibataire, propriétaire, brulé au 3e degré sur pratiquement tout le corps, sauf la figure, peu d’intérêt pour le matériel, cheveux blancs encore assez présent, lunettes de John Lennon, poils dans les oreilles et le nez, svelte, toujours très chic, nœud papillon et tout, ne cuisine jamais, mange au restaurant ou mange cru, n’a jamais voyagé, ne prend jamais de vacances, aime le rock, passe ses journées à lire, à regarder des films, à prendre des marches, à discuter avec ses voisins locataires, journaliste, nostalgique de la vieille époque, réfractaire au changement, la vie comme un long fleuve tranquille, bavard, triste, taciturne, mélancolique, romantique, a vécu une seule histoire d’amour.

Texte de l’exercice
J’ouvre la porte et je fais une macabre découverte (NDLR: bin non je niaise, «inside joke» entre les participants de l’atelier), c’est un jeune homme engagé par l’arrondissement qui se présente et me dit qu’il vient me livrer mon bac pour le compostage. Bon. Le compostage… Je lui dit bien poliment de le garder son bac, que je n’en veux pas. Je n’en ferai pas de compostage moi monsieur. Je mange au restaurant ou je mange cru. Je prends 2 carottes, quelques fraises au marché, une poignée d’amandes au magasin en vrac et voilà, j’ai un souper. Il ne reste rien. J’apporte mes propres pots et sacs lorsque je fais l’épicerie. Faut me lâcher un peu là. Il insiste. Bon. Je lui dit qu’ils m’énervent avec leurs bacs de couleur. Un vert, un bleu, un brun. Punaise. Si on fait le tour de la charte Pantone, on n’a pas fini. Avant, on avait juste les poubelles à gérer, mais là, faut classer nos déchets. Je ne recycle pas moi, que je lui dit au jeune homme. Je n’achète rien ou presque. J’achète plein de livres, soit. Mais je n’en garde aucun. À quoi bon? Pour épater la visite avec ma bibliothèque bien remplie? Ahhhh! Vous avez lu Flaubert et ses comparses? Aahhhh, et le dernier Sophie Bienvenu aussi? Mais oui, bien sûr que je l’ai lu, je ratisse large, même si c’est fait simple, que ça s’éparpille et que ça m’ennuie, je l’ai lu quand même. Vous savez, j’ai aussi lu Foucault, Rousseau, Chestov, Rancière et Finkielkraut. Là, je vous le dis pour les fins de la conversation, parce que vous comprendrez que je lis tout. Je ne veux rien étaler. Mais c’est pour vous dire le papier que j’achète, je le revends à la librairie de livres usagés. Si tout le monde faisait comme moi, on pourrait faire comme avant et seulement avoir les poubelles à mettre au chemin. C’est compliqué tout ça. Et là, alors qu’il tente de me couper, j’enchaîne: les écureuils vont se mettre là-dedans, ça sera un vrai buffet chinois pour eux. Puis les moufettes vont s’ajouter à la partie et on va être pogné avec tout ça. Et ça va puer tout l’été. Les voisins vont oublier leur bac brun bien rempli avant de partir au chalet et c’est moi qui va ramasser. Il insiste à nouveau et me dit qu’il est obligé d’en laisser un à mon adresse. Il laisse le bac devant moi et me souhaite une bonne journée. Bon. D’accord, je mettrai le bac dans un gros sac de poubelle dès jeudi et ça ira au dépotoir.

Billets récents

Vieux stock