Un appel

31 décembre 2006

Carnet-romans

Le téléphone sonne juste comme je rentre. Je laisse tomber mes sacs d'épicerie en montant l'escalier. J'arrive avant le 4e coup de sonnerie et je réponds juste à temps.

C'est toi. Une voix ravissante, radiophonique avec une élocution aussi belle que les courbes de ton corps. Je suis un charretier en comparaison, moi, qui maltraite toujours nonchalamment ma langue. Pendant que tu me parles, j'imagine tes lèvres formant les mots, je pense à tes yeux qui appuie tes dires et je n'écoute absolument pas ce que tu me dis car je pense à la courbe de ton sein lorsque nous faisons l'amour. Je suis incapable de faire deux choses en même temps.

À peine sorti de mon errance salace, je tente tant bien que mal de rattraper le cours de la conversation et camoufle plus ou moins habilement mon étourdissement. Tu m'appelles pour me dire que tu as dormi comme un bébé. Que tu t'es réveillée avec le sourire, que tu as vaguement l'impression d'avoir eu un rêve sournois à l'aurore. Que tu chantes du Ferland depuis la matinée.

Enfin, je n'ai pas été tellement honnête pendant les dernières phrases.

Je l'avoue: je ne sais pas pourquoi tu m'appelais parce que tu as raccroché juste comme je prenais le combiné. Laisse-moi ça sur le répondeur si tu veux. Je te rappellerai pour te dire de ne pas t'en faire avec tout ceci, que l'on verra bien et que ce n'est qu'un carnet-roman après tout. Il ne faut pas y percevoir rien d'autre qu'une divagation romancée sur un vieux thème qui traînait ici.

* La première date de publication de ce billet est le 30 juillet 2005.