Je suis Alex Lauzon

26/10/2015
à 05h06

25 octobre 2015, Jakarta with
a frog in the alley

Dimanche matin. Lever difficile vers 6h30. On a bu pas mal de bière hier soir moi et le collègue allemand (mais c'est lui qui a callé le couvre-feu, pfff, savent pas tougher les européens). Petit mal de bloc. Pas grave. Allons visiter un brin.

Flock-flock dan'douche. Menum-menum dans l'bedon. Grosse grenouille dedans l'taksi (Yep, pas taxi là, neunon, taksi, on le prononce comme ça de toute façon alors ça fait du sens). Direction le Monas. Une immense tour au milieu de la ville. J'arrive vers 8h en pensant que je serai un des premiers (ça ouvre à 8h). Bin non, y'a déjà une file et on me dit que ça prendra une heure pour entrer à l'intérieur. Too bad. Je prends des photos de la structure et passe au prochain appel. Il fait déjà un soleil de plomb. Voire si je vais rester à suer là juste pour voir l'intérieur d'une colonne. Musée national, j'arrive!

Depuis que je suis arrivé au Monas, on me regarde souvent intensément. J'y suis habitué, c'est pas mal la même chose chez le client ou aux alentours mais jamais autant tout de même. Je trouve ça rigolo. Puis, 3 jeunes garçons s'approchent de moi. Entre deux rires gênés, l'un d'eux dit: «Sir! Sir!, Take a picture with me!» Je refuse en pensant qu'il veut que je le paye pour que je conserve une photo de lui avec moi et je continue mon chemin. En marchant sur le trottoir qui mène au musée, je croise une bande de garçons assis sur le bord, les pieds dans le chemin (C'est CFD aujourd'hui alors pas d'autos dans le coin). L'un d'eux me voit, fais signe aux autres et tous me regardent avec le sourire. Là, j'avoue ne pas comprendre. Ai-je mis mon costume de clown? Ai-je oublié de mettre des pantalons? Le gars dit: «Sir! You look crazy!». La bande rit. Je ris aussi. C'est plutôt amusant. «Sir! I want picture with you.» Là, je comprends que non, ok, c'est pour eux. Bin ok. Là, les gars se lèvent, m'entourent et l'un d'eux prend la photo. Ils me remercient, rient comme des débiles en me regardant et je continue mon chemin. Faut croire qu'il n'ont pas vu ça souvent un gros blanc barbu.

Visite au Musée. C'est l'fun, y'a la clim presque partout. C'est que je sue comme un porc. Je suis tannant avec ça, je sais, mais c'est chaud, c'est chaud. C'est fou. Je fais le tour du musée. Beaucoup de poterie, de porcelaine, de meubles, des pagodes géantes (impressionant), de Bouddha en pierre, des outils datant de la préhistoire, des armes diverses selon les époques et cie. Ce fût agréable même si je reste sur ma faim un peu. Je m'attendais à une visite qui dure plus longtemps. Je prévoyais passer la moitié de la journée ici mais ça sera plutôt ±90 minutes. Allons à la mosquée maintenant. En sortant, des personnes m'abordent «Sir! Where do you come from?», après ma réponse, «Can I take a picture with you?» Bon. Bin oui, tsé. Rendu là, quand c'est moi l'attraction touristique de la journée, y'a une boucle qui se boucle. Quelque part, un papa montre ses photos de voyage à ses enfants et dit «Regarde, à Jakarta, on a vu un yéti. Malade hin?»

La Masjid Istiqlal ressemble à un bâtiment administratif tout blanc plutôt drabe. À part le minaret de la mosquée, les musulmans ont l'architecture religieuse modeste. De là sort un chant, disons, pastoral. C'est plutôt apaisant et sympatique en fait. J'ai tenté de trouver un parc pas loin où j'aurais pu rester à l'ombre et écouter le chant mais je n'ai pas trouvé. J'ai pris une vidéo de la rivière qui passe pas loin. La pollution est assez intense. En fait, c'est vraiment sale partout dans les rues. J'ai vu plusieurs gens jeter des cannettes de Coca-cola, des sacs de plastique, des bouteilles d'eau vides en marchant. Un peu comme à Montréal à la sortie des bars finalement...

Midi, c'est l'heure de manger. En cherchant un brin hier, j'ai vu d'excellentes critiques du restaurant Lara Djongrang. Je regarde sur le téléphone pour voir la distance à pied: 45 minutes. Hey ho. Je ne marche pas ça. Roulons en Bajaj, sorte de mini taxi, 3 roues, empestant la vieille tondeuse à gazon. Il y en a plein tout le temps alors c'est facile en attraper un. Je montre au chauffeur où je veux aller. Il dit «fifty» (50,000rp). Woh. Je dis pas plus que «twenty» (20,000rp — chus rough, je sais, mais là, je veux bien me faire prendre en photo mais me faire fourrer, ça non). Le chauffeur capote, fais aller ses bras, «no no no». Je dis «ok, thank you» et commence à m'en aller. C'est pas les bajajs qui manquent alors amusons-nous un peu. Il crie «OK OK sir, Thirteen-five» (Ça, ça doit vouloir dire 35,000rps...). Je lui souris et embarque. Belle ride. Ça se passe bien. Je lui donne 35k et je réalise un rêve de jeunesse vraiment con: Je tends un billet de 10k (l'équivalent d'un dollar) et lui dit en français, me foutant qu'il ne comprenne pas: «Tin, v'là dix mille de tip». La génération RBO comprendra et likera dirait Gran Talen.

Menum time. La nourriture est géniale. Des rouleaux printaniers au tofu et sauce sucrée/piquante. Le rouleau est fait avec une genre de crêpe très moelleuse. C'est vraiment très bon et goûteux. Ensuite, soupe au lait de coco avec poisson, chili, bouts de fougère, des genres de petites arachides encore dans la carapace (faut croquer, manger la noix et recracher la coquille. Très chic) et tralala. Divin. C'est tellement bon. Je me suis dit qu'on allait revenir plus tard cette semaine avec l'équipe. C'est servi avec un petit plat de relish épicée (un sambal kekchose, me souviens plus du nom) alors on peut pimper notre coco comme on veut. Finalement, j'ai pris un satay de crevettes, curry rouge sur bâtonnet de citronnelle. La crevette est cuite à point, elle goûte bien le curry et la citronnelle. Oh boy. J'ai adoré. On est à des années-lumières de tout ce qui se fait près de l'endroit où j'ai passé les 3 dernières semaines.

Direction Ramayana Pasar Baru, une rue marchande où les piétons et les motos se partagent la route allègrement. Parlant moto, je me sentais invincible après le repas (et bon, j'ai réussi à traverser un boulevard de 4 voies sans me faire tuer alors tirons le diable par la queue. J'étais super bon à Frogger dans le temps). Je me suis dit, tiens, parait qu'on peut se promener comme passager sur une moto ici. Essayons la patente. J'attends un peu devant le restaurant, je spotte un motocycliste avec un casque en trop (signe qu'il peut prendre un passager, enfin, un des signes qui te l'assure car je pense que tous les motocyclistes sont prêt à t'embarquer...). Je montre sur mon téléphone où je veux aller, le gars dicte son prix (40,000, je chiale même pas cette fois, ça ne me tente pas), je mets mon casque et on part. Oooohhh fuck. J'aime la vitesse et tout. Mais là, on est ailleurs. J'ai constamment l'impression qu'on va planter solide. Le gars coupe tout le monde en klaxonnant comme un fou, accélère très brusquement, freine plus fort encore, tourne sur des pièces de 1000 rp. Calvaire que j'avais hâte d'arriver. Je le soupçonne d'en avoir mis pas mal plus que le client en demandait. Mais bon, en même temps, sur la moto, je riais parfois. Juste parce que, comment dire, c'est complètement débile. Et là, on est dimanche, il y avait bien moins de traffic qu'un jour de semaine. Enfin. On arrive.

Le marché est surtout composé de magasins de tissus et de vêtements. J'ai vu un commerce de souliers se nommant Toronto et utilisant exactement le même logo que les Blue Jays comme enseigne. J'imagine que c'est parce que comme cette équipe de baseball joue comme des pieds, c'est un genre d'hommage (D'ailleurs, j'ai tenté de conter cette blague à l'allemand avec moi, pendant le souper. «You know, in French, we say that someone plays like a foot. Meaning he's bad. Not a compliment at all. blablabla». Moi, je me trouvais bien drôle mais le gars a ri pour être gentil. Bon, coudonc, clash culturel québéco-germanique en exil indonésien. Pas facile à passer comme mur din fois. Enfin. Je me rends jusqu'au bout du marché et revient sur mes pas. Rien à souligner autre que cette promenade donne une super belle image du vrai Jakarta. Un peu comme quand un touriste décide d'aller sur la Plaza St-Hubert plutôt que de rester dans le Vieux-Port. En revenant, un vendeur de rallonges pour cheveux m'aborde, une rallonge à la main; il me la tend avant de se la mettre sous le menton et de me la tendre à nouveau en riant. Je ris avec lui. Des rallonges sous la barbe, je n'y aurais pas pensé. Les gens sont très gentils et sympathiques. J'avoue que ça accroche un sourire. Les locaux peuvent bien se foutre de ma gueule comme il veulent. J'en ris avec eux de bon coeur et avec grand plaisir. Il y a une candeur que j'aime beaucoup ici.

Un taksi —avec pas de clim— me ramène à l'hôtel. C'est le temps de tordre mon boxer dans l'évier. Si si. Première fois de ma vie que je tords ma sueur. En fait, ce n'est pas très compliqué, tout mon linge est complètement trempé. Let's douche, voulez-vous. Petit dodo avant le souper.

En vrac:
- Ça sent tellement tout le temps la Djarum dans mon coin. C'est dur de résister. Installé dehors sur mon petit patio, les chauve-souris volant au-dessus de moi, une grosse Bintang à la main et le silence de la nuit en trame de fond (on a terminé de travailler chez le client vers 3h du matin). Belle atmosphère pour en griller trois, quatre en rédigeant ce billet. Mais bon, c'est assez dur d'arrêter, on va pas recommencer.

- Le style des commentateurs sportifs, ça dépasse les langues et cultures. Nous avons soupé sur une terrasse où un projecteur présentait une partie de soccer. Bin j'avais l'impression d'entendre Pierre Houde. «Bediing... Palaaang... Beeeeeeeedaaaaaaaaang!!!!» Le sport est universel.

- La Heineken en bouteille, ça goûte la moufette ici aussi.

- J'ai fait un rêve complètement débile. Jésus est là, plein de monde autour, il me regarde dans les yeux et me dis «Laisse venir à moi les petits flocons». Hébin. Prends un numéro mon Christ, parce que si je trouve des flocons, tu peux être certain que je vais les garder pour moi. Tsé, toi, tu peux changer le sable en neige. Fais pas chier.

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